Le musée du recueillement

In Flanders Fields Museum, Ypres

Le musée de la guerre 14-18 de Ypres a été entièrement repensé et refait en 2012. Je l’avais visité lors de son inauguration, et écrit le texte ci-dessus, publié sur mon blog consacré essentiellement à la littérature Le livre est une hache. J’y suis retourné il y a quelques jours.

 

Halle aux blés d'Ypres où est situé le Flanders Fields muséum

Halle aux blés d’Ypres où est situé le Flanders Fields muséum

Peut-on exposer une émotion, un sentiment qui ne soit pas seulement un esprit, ce à quoi chaque nouveau musée s’emploie, mais un lieu où tout concourt à ce seul objectif?

Le nouveau musée de la guerre 14 – 18 de Ypres, In Flanders Fields museum, en est un parfait exemple. Profitant du prochain centenaire, les autorités flamandes ont souhaité revoir entièrement ce musée qui avait été créé en 1998 au sein des nouvelles halles, reconstruites à l’identique après leur destruction quasi-totale pendant la grande guerre.

Depuis 1928, le Last Post résonne tous les soirs à 20h, Porte de Menin à Ypres. La sonnerie aux morts accompagne les 54.896 soldats dont le nom est gravé sur le Mémorial et par-delà les 500.000 tués dans la région entre octobre 14 et octobre 18.

Moment de grande émotion pendant lequel il est demandé, rituellement, aux spectateurs de ne pas se manifester et de ne pas applaudir.

Porte de Menin, Ypres

Porte de Menin, Ypres

Comment « exposer » le Last Post ? » telle semble avoir été la question au centre de la nouvelle conception du musée. Celui-ci fait bien entendu appel aux technologies de communication les plus récentes afin de rendre le message lisible et individualisé. Un bracelet muni d’une puce permet d’avoir accès à des renseignements dans sa langue ou des témoignages sur des soldats de sa région. De multiples écrans et cartes constituent le support pédagogique pour la compréhension des enjeux de la guerre, dans son ensemble et pas seulement limités aux batailles du saillant d’Ypres. Tout au long du parcours des récits sont dits par des acteurs. Au cœur du musée, un très large écran diffuse un film envoutant. Dans la boue et sous un ciel de pluie, des soldats de tous les pays courent dans la boue à perdre haleine. Un médecin et deux infirmières viennent raconter leur travail auprès des victimes. Puis les soldats reprennent leur course, et les infirmières reviennent avec leur collection d’horreurs. Les soldats, rejoints par des civils, poursuivent leur course folle comme s’ils étaient attirés par le joueur de flûte d’Hamelin. Aucune image de la guerre. Juste une course folle et des mots. Mais jamais sans doute, dans sa brutalité, le suicide des nations n’avait été aussi justement exprimé.

Le musée d’Ypres ne peut, en termes d’objets de la Grande Guerre, rivaliser avec les grands musées de 14-18. Toute son originalité tient dans le lien avec ces centaines de milliers de victimes comme si, en forme d’hommage, un peu de leur énergie si tôt disparue venait planer dans ces halles si hautes.

Musée du recueillement (en Flandres, Georges Minne n’est jamais loin), il possède également toutes les vertus pédagogiques pour intéresser les jeunes qui viendront sûrement nombreux. Enfin, il s’écarte de toute instrumentalisation régionaliste du conflit, pour donner une vision tant locale qu’universelle de la grande guerre.

 

Je suis retourné à la grande halle de Ypres. Le musée est toujours aussi beau, l’émotion toujours intacte. Si quelqu’un débarquait de je ne sais quelle planète en souhaitant connaître notre histoire, c’est là que je l’emmenerais.

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