Commémoration, religion et lien social

Ici cela ne pose aucun problème, alors qu’ailleurs des discussions naîtraient. Que la messe soit le moment fort de la commémoration, qu’elle ouvre l’hommage rendu avec toutes les autorités civiles, cela semble naturel.

En province du Luxembourg, au sud de la Belgique, la séparation de l’Eglise et de l’Etat est encore un concept abstrait tant ces deux piliers ont été mêlés au cours de l’histoire et le sont encore aujourd’hui.

La fanfare et le curé de Porcheresse attendent le représentant du Roi

La fanfare et le curé de Porcheresse attendent le représentant du Roi

A Ethe, plusieurs centaines de civils sont exécutés par les allemands les 22, 23 et 24 août. Un hommage solennel leur est rendu ce 22 août au cours d’une messe célébrée devant le mausolée des fusillés en présence des représentants de l’Etat. Une cérémonie empreinte, par ailleurs, d’une grande émotion lorsque deux dames ont énoncé le nom des centaines de victimes en donnant leur âge, depuis le nouveau-né à l’octogénaire, et le mode d’exécution, fusillé-pendu-« avec la lance ».

A Porcheresse, le village fut détruit, la plupart des maisons incendiées le 23 août 14. La messe ouvre la journée de commémoration en présence des autorités locales et d’un représentant du Roi. Certes, un hommage civil est également rendu mais qui n’a pas la même ampleur que le service religieux qui, visiblement, est le cœur de la commémoration officielle. Dans la plupart des villages avoisinants, le scénario est identique.

Dans un Etat dont le principe est la laïcité, quand il s’agit de la mort Dieu n’est jamais loin et souvent devant. Pourtant, c’est au nom de la primauté de l’Etat que le mariage religieux doit suivre le mariage civil et non l’inverse, au risque d’être invalidé. Ce principe n’aurait-il dû être appliqué pour les commémorations ?

L’engouement de certains villages dans l’organisation des commémorations est impressionnant. Est-ce que la guerre 14 parle encore aux gens ? Les initiatives prises ici ou là indiquent combien cette question a été prise avec sérieux et enthousiasme. J’évoquerai dans un prochain billet l’étonnante exposition d’art contemporain à Herbeumont.

Les passeurs de mémoire, Alexandre Forceille

Les passeurs de mémoire, Alexandre Forceille

A Porcheresse, petit village de 300 habitants, toute la journée du samedi 23 août fut consacrée à la mémoire de l’incendie du village. Ici comme dans toute la région, la barbarie allemande fut à son comble. On n’a pas fini de s’interroger sur le pourquoi de tels comportements. Un déclencheur de l’ivresse allemande fut la rencontre la nuit aux abords de Porcheresse de deux groupes de soldats allemands qui se sont tirés dessus, ce qui a rendu les soldats furieux d’une telle méprise. Un documentaire suivi d’une exposition remonte le cours de l’histoire en se raccrochant aux divers témoignages recueillis par des descendants des habitants du village au moment de sa destruction. Le soir, une reconstitution historique a sillonné le village attirant au moins un millier de spectateurs. Enfin, un monument commémoratif, les passeurs de mémoire du sculpteur Alexandre Forceille, a été inauguré à l’entrée du village.

Toutes ces initiatives préparées par les villageois depuis deux ans avec très peu de moyens trouvent sans doute leur fondement dans une mémoire qui, pour avoir été souvent enfouie, reste vive. Le centenaire est un révélateur tant de l’enfouissement que de l’intensité de cette mémoire.

Je ne sais s’il existe des remèdes contre la guerre. L’histoire devrait nous rendre pessimiste à cet égard. Néanmoins, si la construction du lien social était un de ces remparts, l’action commune de ce village en serait un bel exemple.

Porcheresse, spectacle nocturne du 23 août 2014

Porcheresse, spectacle nocturne du 23 août 2014

Publicités