Le poilu de Marie-Héléne Lafon

Joseph, Marie-Hélène Lafon, Buchet-Castel, 2014

« Dès la première année ils avaient surnommé Joseph le poilu parce que son prénom et son nom, les deux, en entier, Joseph Rodde, étaient sur le monument, le troisième nom de la liste, mort en octobre 1915 ; ils criaient dans la cour, le poilu le poilu, et le pli avait été pris, c’était resté, même les années suivantes quand ils n’avaient plus été là pour mener la danse parce que leurs parents étaient partis pour ouvrir une plus grosse affaire du coté de Clermont ».

Marie-Hélène Lafon

Marie-Hélène Lafon

Dans le roman Joseph, c’est le seul passage en lien avec la guerre 14-18. Le titre du billet est un peu mensonger, petite entourloupe pour saluer Marie-Hélène Lafon. Après Les Pays, paru en 2012, sur son passage du Cantal à Paris, son dernier roman raconte Joseph, un ouvrier agricole toujours dans le Cantal.

En cette rentrée littéraire, il convient de ne pas trébucher sur le creux des mots des Nothomb, Beigbeder, Foenkinos, Adam. Marie-Hélène Lafon en est le meilleur guide. Auteur rare et précieux elle parle de son dernier roman comme « d’un road movie immobile, une épopée ordinaire de haute solitude ».

Elle nous parle d’un monde d’aujourd’hui mais qui paraît extrêmement loin, un autre monde temporel, où les jeunes gens « fréquentent » toujours, où on ne possède pas de ferme mais où on « fait » la ferme. Un monde qui se termine et dont Joseph sera un des derniers témoins.

C’est sûr. Un jour aussi on commémorera les derniers paysans.

 

 

 

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