Les p’tits vieux de la Grande Guerre

Eric Poitevin, Le chemin des hommes, LAM, Villeneuve-d’Ascq, jusqu’au 11 novembre 2014.

Eric Poitevin, 100 portraits, 14-18, Toluca éditions, 2014.visuel_poitevin_11225

Le photographe Eric Poitevin, aujourd’hui très largement exposé, a aussi été étudiant. Pour un de ses travaux d’études, il a l’idée de photographier les poilus. Nous sommes au début des années ‘80. Il prend contact avec le ministère des Anciens combattants, et le voilà parti sur les routes de France. 100 portraits, une centaine de p’tits vieux autour des nonante ans. Ils ont tous pris le soin de s’habiller. IMG_0747On voit ceux qui ont l’habitude du costume, qui le portent encore tous les jours même les jours où ils ne sortent pas et ceux qui sont endimanchés comme ils l’étaient encore au début du 20e siècle quand ils allaient dans l’atelier du photographe qui prêtait, à ceux qui n’avaient guère de moyens, un pantalon un peu trop court ou un veston dépassé. On peut s’amuser aux devinettes, de qui est qui, le commerçant ou l’agriculteur, là un avocat ou un politique, un artisan ou un ingénieur. Ils sont encore d’une société typée et cataloguée, et en allant voir l’index qui comprend les professions de chacun, on vérifie que l’on ne s’est guère trompé. Le caractère se lit sur chacun des visages, le dur, l’autoritaire, le débonnaire, le convivial, l’heureux, l’austère, l’emmerdeur, le bon vivant, le « sans doute un peu couillon », et « le bien content de lui-même ». Une moitié porte ses décorations, certains sur un coussin ou dans un cadre. On aurait aimé savoir pourquoi, pourquoi les porter et pourquoi ne pas les porter, et aussi d’autres pourquoi et des comment, des comment la guerre, les batailles et les tranchées et comment c’est la vie presqu’après la mort. IMG_0721Ils ont écrit des petits mots au photographe pour le remercier. Certains lui envoient 20 francs ou un chèque pour « acheter des bonbons ». D’autres lui racontent la guerre. Grâce aux photographies publiées dans un journal, un poilu a reconnu un de ses camarades, et écrit au journal pour le retrouver : « Voulez-vous avoir l’obligeance de lui adresser cette correspondance devant lui permettre le rapprochement épistolaire s’il le désire de deux vieillards de 95 ans, ne fut-ce que pour nous informer mutuellement comment nous avons vécus au cours de ces 80 années qui nous ont séparés ».

Ils sont fiers, tous ils sont fiers, de la guerre, des combats, de leur vie ? Fiers certainement de pouvoir montrer la photo à leur famille, photo qui restera après leur mort sous le regard des petits-enfants et de bien d’autres encore.

La plupart ont l’air heureux, comme si après avoir côtoyés la mort, ils étaient encore éblouis par la vie.

Une lecture des correspondances aura lieu au musée de Villeneuve d’Ascq le 11 novembre à 15 h par Charlotte Bertoldi.

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