Frans Mazereel pendant la guerre, Frans Mazereel après la guerre

Frans Mazereel, en transition, de la grande guerre aux années folles. Bibliothèque Wittockiana, rue du Bemel, 1150 Bruxelles. Site : 
http://wittockiana.org       Jusqu’au 4/01/2015

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La guerre :

Un enracinement.

Dans la solidarité et le pacifisme ;

Dans le bois et dans le zinc ;

Dans le noir et ses couleurs ;

Dans la littérature et Emile Verhaeren.

La guerre :

Un révélateur, de ce qu’est le monde et de ce qu’il devrait être, et de la manière dont il en rendra compte, dans le bois et dans le zinc ; dans le noir et ses couleurs ; dans la littérature et Emile Verhaeren.

13747_Ba_2_9« La quantité de travaux de cet artiste infatigable épuise, comme l’écriture imagée des Egyptiens, toutes les formes du monde contemporain. Si tout était anéanti : livres, monuments, photographies, descriptions, etc. et qu’il ne restât plus que les bois qu’il a gravés en dix ans, on pourrait, avec eux seuls, reconstituer le monde d’aujourd’hui » (Frans Masereel. L’homme et l’œuvre, Stefan Zweig, Maintenant, 1946).

A la fin de sa vie, il dira que l’œuvre dont il est le plus fier c’est l’illustration de poèmes d’Emile Verhaeren, pendant la guerre. Fier d’être côte à côte, lui quasi-inconnu / lui mondialement reconnu, pendant la guerre. Le livre sortira quelques mois après qu’un tram de Rouen ait définitivement coupé la route du poète.

Après la guerre, c’est une autre guerre. On peut rire et danser, secouer les couleurs, c’est une autre guerre, contre l’exploitation et l’oppression. On peut rire et danser, jouer de l’accordéon ou du jazz, on s’en prendra aux riches et aux exploiteurs de toutes sortes.

Pendant la guerre, le refus, l’exil, les feuilles anarchistes, le dessin tous les jours, chaque jour, Romain Rolland pendant la guerre, chaque jour. Pendant la guerre, Debout les morts, Les morts parlent, pendant la guerre La feuille, un dessin chaque jour.13981_Ba_32_4_Bl

Après la guerre, il aime ceux qui ne l’ont jamais aimée, la guerre, Henri Barbusse, Roger Martin du Gard, Georges Duhamel et George Grosz, Grosz longtemps après la guerre jusqu’à ce qu’il fuie l’Allemagne et Hitler. Il est de la famille de Grosz et de ses amis. Après la guerre.

Pendant aussi, un des premiers avant les autres, avant Dix, avant Grosz, pendant la guerre. La montrer, elle, rien qu’elle, sans drapeaux ni couleurs, la guerre seule, la montrer avec la mort, avant les autres.

Après la guerre, des expositions ici ou là, un peu pas beaucoup ; beaucoup de dessins, beaucoup d’illustrations publiées dans des éditions bon marché, à la couverture bordée de jaune. Après la guerre, longtemps méconnu. Il rentre en Belgique à 62 ans, par la grande porte.

Après la guerre, on dit du bien de lui. Maurice Naessens : « Il n’y a pratiquement aucun artiste qui a su aussi bien dénoncer la laideur du monde qu’en louer la beauté ».

Il meurt « le peintre fraternel » comme titrait Le Monde le surlendemain de sa mort, le 5 janvier 1972.

Le jour de son enterrement, une fanfare de la police devant le cortège et un discours d’un ministre catholique, le jour de son enterrement, une fanfare de la police, le jour de l’enterrement d’un rebelle mécréant, bien après la guerre.

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