« Rue de Prusse !!! Il n’y a pas de nom aussi indigeste »

Dans de nombreuses localités, tant en Belgique qu’en France, les noms de rue évoquant l’Allemagne ont été remplacés après la guerre de 14-18.

Rue de l'Argonne, Saint-Gilles

Rue de l’Argonne, Saint-Gilles

A partir de 1919, à Saint-Gilles, une commune de la Région de Bruxelles-Capitale, les rues dont les noms s’inspiraient de l’Allemagne et de ses alliés ont été débaptisées, au profit de noms qui rappelaient des évènements ou des personnages du conflit : la rue de Munich pour la rue d’Andenne (ville martyre), la rue de Turquie pour la rue de Tamines (ville martyre), la rue de Turquie pour la rue de Roumanie (pays allié),Plaque rue de Taminesla rue de Ratisbonne pour la rue de Lisbonne (capitale d’un pays allié), la rue de Prusse pour la rue d’Argonne (lieu de combats), la rue de Westphalie pour la rue de Loncin (résistance du fort de Loncin près de Liège en août 1914), la place de Constantinople pour la place des Héros, la rue de Hongrie pour la rue des Tirailleurs ; la rue de Constantinople pour la rue Emile Féron (conseiller communal et député mort en 1918), la rue du Tyrol pour la rue Antoine Bréart (bourgmestre de Saint-Gilles pendant la guerre).Plaque Place des H+®ros

Les éditions Des Malassis viennent de publier le texte d’une conférence donnée en 1923 par l’historien de la Gaule Camille Jullian : « Ne touchez pas aux noms des rues ». Il défend l’idée qu’un nom de rue doit servir à indiquer la rue, doit appartenir à la rue et ne doit pas être un instrument de la vie politique : « Qu’on ne change jamais un vocable de rue, qu’on le laisse tel que les générations disparues l’ont créé, transformé, déformé même. Pour moi, le nom d’une rue est comme celui d’une ville, comme celui d’une famille ; il est l’œuvre du temps, qui l’a façonné pour celui qui le porte ; il a pris ses racines sur le sol ou dans la famille, il faut l’y laisser, il ne nous appartient plus ».

Camille Jullian

Camille Jullian

Cette conférence s’est tenue le 27 janvier 1923 à l’Hôtel de Ville de Paris. Camille Jullian ne se prononce malheureusement pas sur la débaptisation des noms de rue évoquant l’Allemagne ou ses alliés. Si nous avions été dans la salle, nous lui aurions demandé ce qu’il pense de l’intervention de ce conseiller communal de Saint-Gilles au Conseil communal du 30 décembre 1918 : « Je reviens encore quelques instants sur la question des rues. Je prie le Collège de se hâter à débaptiser certaines voies publiques du quartier de la gare du Midi. Il y a dans ce quartier beaucoup de Français ; il leur est très pénible, quand ils circulent, de constater qu’il y a une rue de Prusse !!! Il n’y a pas de nom aussi indigeste ».

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