Tous les monuments aux morts de Lozère

Un des effets marquants du centenaire de la guerre 14-18 réside dans le développement de la mémoire locale, qu’elle soit familiale, communale, départementale…La publication de l’ouvrage sur les monuments aux morts de la Lozère en est un exemple supplémentaire. Quasiment tous les monuments aux morts de ce département sont recensés, analysés, décortiqués, photographiés, un travail magnifique avec une très riche iconographie.livre_affiche_356 Dans son ouvrage sur Les monuments aux morts (Errance, 1986), Annette Becker dressait une liste des monuments aux morts les plus intéressants par département. Pour la Lozère, elle n’en mentionnait aucun ! Effectivement, on n’y trouve guère de monuments originaux. A cet égard, la Lozère est un département témoin de ce qui s’est réalisé ailleurs, c’est-à-dire le produit d’une conformité et d’une esthétique pouvant et devant convenir à tous, aux communs des mortels comme des immortels. Le seul écart que l’on pourrait mentionner est une poignée de mains entre belligérants sur le monument de Vialas.

Monument aux morts de Langogne

Monument aux morts de Langogne

La Lozère compte, pour 185 communes, 183 monuments, qui représentent très souvent des poilus au repos ou victorieux, sculptures produites en série. Real del Sarte, le sculpteur d’extrême droite qui a réalisé près de 60 monuments en France, en a laissé deux en Lozère dont un à Langogne.

Derrière ce qui apparaît comme une simple exécution d’ordres républicains exprimant l’unité nationale, les monuments traduisent « les âpres batailles idéologiques d’alors : protestants contre catholiques, républicains contre légitimistes, droite contre gauche, religion contre athéisme ». L’hommage de la République se devait d’être exempt de toute référence religieuse. Dès lors, il est amusant de voir les croix un peu cachées ou les monuments accolés à l’église, à défaut de pouvoir y entrer.

L’analyse des prénoms montre qu’ils permettent de différencier les chrétiens, du côté catholique les saints occupent une place privilégiée tandis que du côté protestant nombreuses sont les références à l’Ancien Testament.

La mémoire religieuse est aujourd’hui toujours très vive dans cette région. Ainsi les éditions Ampelos, spécialisées dans les publications protestantes, viennent de publier : Noël 14, des chrétiens dans la guerre. L’ouvrage retient une série de correspondance de soldats et de familles protestantes, dont l’intérêt nous apparaît surtout tourné vers cette communauté. Mais quand on lit, par exemple, la correspondance d’un pasteur qui, au front, tente de réunir pour la Noël des protestants appartenant à diverses sections, on aimerait en savoir plus sur cette communauté de soldats et sur leurs liens pendant la guerre.

L’ouvrage sur les monuments de Lozère épingle quelques records particuliers pour le département comme celui de compter le plus de morts par habitants ou d’avoir vu naître le dernier mort de la guerre, Augustin Trébuchon. Drôle d’idée que de s’enorgueillir de ces exploits guerriers.

Jacques Mauduy et Pierre Donaint, La Lozère dans la grande guerre, les monuments aux morts racontent, Alcide, Nîmes, 2014.

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