Louis Leclabart : ne pas dessiner la mort

Louis Leclabart, c’est plusieurs histoires. C’est un peintre et un sculpteur qui n’a jamais eu son heure de gloire mais a été un peu connu après guerre pour la réalisation de quelques monuments aux morts. Puis il est oublié, et disparaît des mémoires jusqu’à l’apparition de Thierry Hardier, professeur d’histoire à Noyon, qui au début du XXIe siècle fait des recherches sur les traces rupestres réalisées par les combattants de la Grande Guerre. Dans une carrière, il tombe sur une sculpture de Jeanne d’Arc portant sa signature. Il part à sa recherche, retrouve des descendants qui ont conservé de nombreuses archives, dont des dessins et des plâtres. Le professeur associe ses étudiants à la recherche afin de produire un livre, à bien des égards passionnant par le large spectre de la recherche.

Louis Leclabart à la carrière du Chauffour terminant le demi-relief de Jeanne d'Arc

Louis Leclabart à la carrière du Chauffour terminant le demi-relief de Jeanne d’Arc

Louis Leclabart est né à Péronne le 26 juillet 1876. Ses talents reconnus, il a pu étudier à l’école des Beaux-Arts d’Amiens. Marié en 1898, il a deux fils. Il travaille dans l’atelier d’Albert Roze. Il commence à se faire connaître avant la guerre. A la mobilisation, il a trente-huit ans, et est incorporé dans un régiment qui en principe est utilisé comme soutien, sans engagement direct. En principe seulement, car son régiment va devoir affronter de rudes combats. En six semaines, de septembre à début novembre 1914, il perdra plus de la moitié de ses effectifs.Louis Leclabart a été plongé dans toutes les horreurs de la guerre. Après la Somme, son régiment remonte vers la mer du Nord dans le secteur de Nieuwport où il va rester plus d’un an pour tenir des tranchées de première ligne ou effectuer des travaux de terrassement.

Louis Leclabart, Soldat en faction, 1916

Louis Leclabart, Soldat en faction, 1916

Au printemps 1916, devenu caporal, il sera dans l’Oise, dans un secteur assez calme. C’est là qu’il exerce les fonctions de brancardier. Pendant l’été 1916 il travaille sur des sculptures rupestres dans la carrière de Chauffour. En mars 1918, il rejoint une escadrille comme dessinateur de plans directeurs à partir de photos aériennes.

140 dessins ont été préservés, composés de portraits et de scènes de guerre, essentiellement les cantonnements, les abris ou la vie quotidienne des combattants. Il n’aborde pas les horreurs de la guerre. La mort est évoquée par un cimetière, les combats par un obus qui explose ou un soldat blessé évacué, ces dessins étant quasiment les seuls qui concernent la violence de guerre. Selon l’auteur, Leclabart « a fait le choix de montrer la vie plutôt que la mort ». Je ne sais si dans ces circonstances, on fait des choix particuliers. livre LeclabartComme la plupart des peintres-soldats, il ne montre pas la mort, il la tient à distance comme pour s’en protéger, comme si dessiner la mort des autres c’est déjà entrer soi-même dans la mort, faire son autoportrait anticipé.

Après la guerre, il va ériger plusieurs monuments aux morts. Ils sont intéressants car le sculpteur s’éloigne des grandes et habituelles allégories militaires et patriotiques, du soldat ailé au coq flamboyant. Il représente des scènes de guerre très réalistes, étant ainsi proche tant de la réalité de la guerre que de la souffrance de ceux qui l’ont vécue, les soldats et leur famille.

Thierry Hardier (dir.), Louis Leclabart, un artiste picard dans la Grande Guerre, Cap Régions Editions, 2010.

 

Louis Leclabart, Monument aux morts d'Abeville

Louis Leclabart, Monument aux morts d’Abeille : « Les patrouilleurs »

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