Jean Virolle, la mort à distance

L’exposition «  Etre artiste dans la grande guerre. Limoges 14-18 », au musée de la résistance à Limoges, permet non seulement d’avoir une vision multiple du foisonnement culturel dans cette région au début du 20e siècle, mais également de mieux connaître la production de certains artistes combattants comme Jean Virolle, connu pour ses dessins de guerre et non pour ceux réalisés peu après et qui sont présentés à l’exposition. Celle-ci est prolongée jusqu’au 30 septembre. Elle fait l’objet d’un très intéressant catalogue de Jean-Marc Ferrer (Les ardents éditeurs).14_1854_vl_musee_de_la_resistance_affiche_decaux

Limoges c’est évidemment la porcelaine, mais pas que. Le peintre Frank Burty Haviland est né à Limoges. Il côtoie les artistes de la mouvance cubiste dans les années 1910 avec Picasso et Braque. Il devient l’ami de Modigliani qui réalise de lui un très beau portrait. Après la deuxième guerre, il contribue à la création du musée d’art de moderne de Céret, qui reçoit nombre d’oeuvres de Picasso et de Matisse. Le rayonnement de Limoges avant la première guerre mondiale tient également à des artistes comme Eugène Alluaud et à des galeristes, principalement la galerie Dalpayrat qui proposera des artistes majeurs comme Van Dongen en décembre 1910.

Portrait de Frank Burty Haviland, Modigliani

Portrait de Frank Burty Haviland, Modigliani

Jean Lefort n’était pas de Limoges. Il est repris dans l’exposition pour ses liens amicaux qu’il entretenait avec le Limousin. Son travail est connu notamment par son abondante production, qui a été très largement conservée. Il n’a pas fait moins de six à sept cents aquarelles depuis sa mobilisation jusqu’à son retour au foyer. Pendant toute la guerre il a poursuivi son activité de dessinateur, ce qui lui permettait de gagner sa vie, en vendant ses dessins (à L’illustration notamment), en organisant des expositions personnelles, en illustrant des livres comme Gaspard, de René Benjamin, prix Goncourt en 1915. Ses qualités de dessinateur ont été rapidement utilisées par les autorités militaires. Il a notamment travaillé au Service de la restitution : il reportait sur carte les renseignements donnés par les photographies d’avion. Son travail consistait également à parcourir les lignes, pour aller, aux points qui lui étaient indiqués, faire des relevés et des croquis. Il est rare d’avoir une telle production et un témoignage d’une telle ampleur. Même si en pourcentage ils sont les moins nombreux, les dessins ou les aquarelles de Lefort portent également sur les combats, les tranchées, les blessés ou la mort.

Cagoule contre les gaz asphyxiants, Jean-Louis Lefort, 1915

Cagoule contre les gaz asphyxiants, Jean-Louis Lefort, 1915

Retour des tranchées, Jean-Louis Lefort

Retour des tranchées, Jean-Louis Lefort

Dans les années 1920, René Jean, Conservateur du Musée de la Guerre, a écrit un long et passionnant article sur Jean Lefort, que l’on peut retrouver en ligne sur Gallica (Jean Lefort : Un peintre soldat de la Grande Guerre, Revue d’histoire de la guerre mondiale, 1924).

Jean Virolle naît à Limoges en 1890. Dès 1914, il est mobilisé comme brancardier puis comme agent de liaison. Sa production fut également très importante. Ses centaines de dessins font l’objet d’une analyse thématique de Philippe Vatin, dans Voir et montrer la guerre (Les presses du réel, 2013). On ne sera pas étonné que « certains thèmes n’existent quasiment jamais. On ne voit pas un seul combat, pas un acte de violence ou fait de guerre, très rarement des armes » (p.46). A Limoges, sont montrés des dessins de 1921 qui donnent une toute autre vision de la guerre : « la série de dessins conçue après-guerre retraduit au contraire les moments où s’expriment l’angoisse et l’omniprésence de la mort » (J.-M. Ferrer, op. cit, p.162).

Le fou, détail, Jean-Louis Lefort, 1921

Le fou, détail, Jean Virolle, 1921

En particulier, Le fou, est saisissant par son intensité et son originalité. Peu de dessins de guerre ou juste après-guerre représentent les traumatismes et les conséquences de ce qu’on a appelé « l’obusite ».IMG_1506

Danse macabre, Jean Virolle, 1942

Danse macabre, Jean Virolle, 1942

Peu avant la deuxième guerre mondiale, Jean Virolle crée Danse macabre, un ensemble de 26 gravures, pacifistes et militantes, qui ne sont pas sans rappeler celles de Louis Raemaekers pendant la première guerre.

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