André Warnod, dessins de guerre

Jean-Gabriel Domergue, Portrait d'André Warnod, 1915.

Jean-Gabriel Domergue, Portrait d’André Warnod, 1915.

L’année dernière, au musée Zadkine de Les Arques (Lot), étaient présentés les dessins de guerre d’André Warnod. A cette occasion sa fille, Jeanine Warnod, avait publié un beau petit livre avec les œuvres de son père : André Warnod, Dessins de guerre, Liénart, 2014. André Warnod naît le 24 avril 1885 près de Belfort. Son père meurt à 37 ans. Sa mère part pour Paris avec ses quatre enfants, à Montmartre. André suit les cours de l’École des Beaux-arts et fréquente la bohème montmartroise et ses cabarets comme « le Lapin agile ». Il est l’instigateur avec l’écrivain Roland Dorgelès d’un fameux canular, faisant passer pour œuvre, au Salon des Indépendants de 1910 à Paris, une toile peinte par la queue d’un âne. Il est de Montmartre avec Max Jacob, Apollinaire, Zadkine, Foujita… Après la guerre, il qualifiera cette effervescence artistique d’Ecole de Paris, expression qui restera. Il dessine, peint et écrit, des articles, des essais et des romans.

En 1914, il est brancardier. Rapidement il est fait prisonnier pendant 10 mois en Saxe prussienne au camp de Merseburg, période qu’il met à profit pour écrire et dessiner, articles qui paraitront dans Le Figaro en 1915, et publié la même année chez Fasquelle sous le titre Prisonnier de guerre. Ecole_de_paris_001Au retour de son emprisonnement, André Warnod fut envoyé dans les ambulances russes où il retrouva Zadkine. Le sculpteur fut blessé et gazé. De ces meurtrissures, Zadkine réalisa une vingtaine de dessins, que le musée Zadkine, à Paris, exposera du 5 février au 5 juin 2016. Jusqu’à sa mort le 10 octobre 1960, André Warnod écrit des dizaines d’ouvrages, romans, monographies, chroniques.

L’ouvrage Dessins de guerre, dirigé par sa fille, contient de larges extraits de Prisonnier de guerre ainsi que de nombreuses illustrations.

Le camp est presque une ville, une ville de vingt mille âmes, dont la population masculine est composée d’éléments de toutes sortes. Civils du Nord, mineurs pour la plupart, réformés ou infirmes (il y eut longtemps des gosses de douze ans et des vieillards de quatre-vingts an) ; des soldats de toutes les armes, territoriaux des villes conquises, des zouaves blessés, Russes innombrables, en loques et affamés, Écossais aux jambes nues, goumiers d’Afrique drapés dans leurs burnous.

André Warnod

André Warnod, un peu avant Hergé…

On voit des zouaves avec des bottes de Russes, des tirailleurs avec des vestes d’artilleurs, des belges avec des manteaux anglais. Les Allemands ont voulu que toutes les nations alliées fussent mélangées. Ils pensaient que cette promiscuité ferait naître entre nous des querelles de batailles ; ils se sont trompés ; et tous ces hommes qui endurent les mêmes souffrances, devant le même ennemi, ont appris à se connaître, à s’aimer, plus peut-être encore que ceux qui combattent côte à côte. C’est la réalisation d’une bonne « Internationale » dont l’Allemagne serait exclue.

C’est un beau texte empli d’empathie et, malgré des conditions d’emprisonnement très dures, d’espoir. Les illustrations sont intéressantes, par leur variété, et surtout par leur dynamique. Proche de la BD, son dessin rappelle les premiers traits d’Hergé. Les personnages ou les situations sont toujours en mouvement, comme s’ils étaient prêts à sauter d’une case à l’autre, pour chasser le cafard à défaut d’ennemis. Et Warnod, malgré les épreuves, garde l’humour et l’ironie.

Goumier

André Warnod, un goumier « roulé en boule dans leur burnous ».

Les goumiers arabes avec leurs haïks blancs ou rouges, leurs grands burnous et leurs allures hautaines de seigneurs moyenâgeux, mettent dans le camp une note d’exotisme inattendue. Ce sont des hommes magnifiques et extraordinaires. Ils ont sur la guerre des idées d’autrefois et ne comprennent pas très bien comment il se fait qu’ils sont là, captifs, comme des animaux pris au piège. Isolés, ils demeurent impénétrables et muets, accroupis, roulés en boule dans leur burnous.

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