Il est tué, la plume à la main

Hubert Lefebvre est sur le front de l’Yser de 1915 à 1918. Il tient un journal jusqu’à ce que la mort le percute, la plume à la main, le 13 juin 1918. Il avait 21 ans. Hubert Lefebvre naît le 18 février 1897. Au moment de la guerre, il habite Saint-Gilles, commune de la Région de Bruxelles-Capitale. Il décide de s’engager, quitte la commune, et parvient à passer en Hollande, puis en Angleterre pour rejoindre le front de l’Yser. Il a 18 ans. Il sera patrouilleur, affecté au renseignement, missions généralement périlleuses. Pendant trois ans, il va tenir un journal, qui sera publié après sa mort. Hubert Lefebvre avait une écriture d’une belle sensibilité. Il nous laisse 250 pages, très prometteuses quant à son talent.  livre-fantassin photo

Extraits

« Beaucoup de soldats pensent qu’il vaut mieux revenir avec une ou deux jambes ou bras en moins, ou même d’avantage, que de ne pas revenir du tout. Je ne parviens pas à me faire à cette idée; vivre mutilé m’apparaît comme un supplice, tant pour moi que pour les miens. Je préfère infiniment la mort ; elle ne m’effraie pas, lorsque je l’envisage de sang-froid. Je sais que le néant la suit, la disparition absolue de tout mon être, de mes soucis et de mes jouissances. Puisque je ne suis pas marié, je puis donc y penser avec calme. Elle causerait peut-être un chagrin violent à mes parents ; mais ce chagrin ne serait-il pas moindre que la douleur perpétuelle de me voir poussé dans une petite charrette, ou étudier l’alphabet Braille ? Tout ceci, ce sont des phrases. Il est évident que, mis en présence brutale de la mort, l’instinct reprendra le dessus, et je ferai tout mon possible pour l’éviter. Du reste, c’est mon devoir, et, si je ne regrette pas de me sacrifier à notre cause, je ne puis cependant pas, par lâcheté, par peur d’affronter la vie, me faire tuer sous un prétexte quelconque de gloire ». (p. 67)

« Je hais l’Allemand, en principe; et pourtant, lorsque, considérant avec tristesse l’affreux chaos que la guerre a fait de Dixmude, je songe que les Allemands, sans doute, font ces mêmes réflexions à cinq cents mètres de moi ; comment pourrais-je voir dans ces gens qui pensant comme moi, qui souffrent comme moi, des ennemis qu’il me faut assassiner ? Lorsque je me trouve en première ligne, il est peut-être à quelques pas de moi, un guetteur allemand, qui s’apprête à réjouir sa vue d’un de ces lumineux couchers de soleil, tel qu’il s’en trouve tant ici ; et, comme moi, en abaissant sa vue sur les souffrances parmi lesquelles il vit, il maudit la guerre infâme, et se demande avec effroi si jamais plus les peuples ne voudront se réconcilier. Cet homme est-il un ennemi ? » (p. 109)

La mort d’Hubert Lefebvre

Le 13 juin 1918, Hubert Lefebvre effectue sa dernière mission. Elle est racontée dans la préface du Journal d’un fantassin par M F. Masson, ancien ministre de la Guerre.

« En juin 1918, de retour d’une patrouille « sérieuse », Hubert Lefebvre se réfugie dans un bloc de béton construit par les Allemands, dont les Anglais s’étaient emparés. Il était heureux, il avait atteint son but, le renseignement qu’il fallait était obtenu. Les Boches bombardent sans relâche dans le voisinage ; il ne s’en émeut pas, il profite de cette « tranquillité » pour mettre au point ses écrits. Justement, une série de « catastrophes viennent de s’abattre sur son crâne ». Il en fait le compte et en expose la nature. Jamais sa plume ne fut plus railleuse ni plus gaie :

« Première catastrophe. — Avant-hier soir, à 9 heures et demie, Chantry, un patrouilleur, naturellement, faisait cuire deux œufs sur un feu de bois. Il faisait encore clair, il n’avait donc pas camouflé les flammes. Le colonel passe et tombe en arrêt devant ce crime de lèse-règlement.

» Deuxième catastrophe. — Le colonel appelle aussitôt à hauts cris l’adjudant, afin que celui-ci lui fournisse des explications, ce que j’aurais été embarrassé de faire, — mais j’étais sorti et ne rentrai qu’à 11 heures, deux heures après l’appel. Résultat : le lendemain, collision entre le capitaine et moi, engueulade, ordre de loger avec la troupe…

» Troisième catastrophe. — Le plus regrett…. »

La main s’arrête… c’est fini; la troisième catastrophe, c’est la mort qui le vient surprendre et le ravit à sa famille et à son pays, en pleine gloire ».

L’ouvrage d’Hubert Lefebvre, Journal d’un Fantassin (Office de publicité, Bruxelles, 1920) est disponible sur le site d’Europeana.

Une lecture d’extraits du Journal d’un fantassin aura lieu le mardi 10 novembre à 11H, place Van Meenen à Saint-Gilles (Bruxelles).

Mémorial de Saint-Gilles

Mémorial de Saint-Gilles

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